La playlist Verlaine : Ceci est mon corps

“L’anthropophagie est le comble de l’amour charnel. ”

Georges Elgozy (1909 - 1989)

Il y a toutes sortes de raisons de manger son prochain. Dans les sociétés primitives, l’anthropophagie, loin d’être une sauvagerie brouillonne, revêtait des significations diverses : manger ses morts pour les célébrer et éventuellement s’approprier leurs mérites, châtiment des ennemis vaincus, gestion de la violence par le rite… Sans compter le cannibalisme de survie, quand tu crèves tellement la dalle que tu manges tes petits copains - du radeau de la Méduse au vol 571.

De nos jours, l’anthropophagie n’a plus trop la cote : boulotter son prochain est puni par la loi. Cependant, quelques tordus s’y essayent encore. En 1981, le japonais Issei Sagawa tue une jeune fille et s’en nourrit pendant trois jours, avant de se faire pincer en train de se débarrasser des restes. En 2001, l’allemand Armin Meiwes trouve une victime consentante sur petite annonce, cuisine son pénis qu’ils dégustent ensemble, puis l’égorge et découpe 30 kilos de viande pour remplir le congélo. Le groupe de métal Rammstein en a fait une chanson - hé oui, encore Rammstein ; et faites attention, le clip est dérangeant alors éloignez Mémé, et réduisez carrément la fenêtre si vous avez l’âme pure :

(traduction ici)

Sans aller aussi loin que notre ami teuton, manger et baiser ne sont jamais bien éloignés. Du bisou au suçon, en passant par cette fille belle à croquer qui te met l’eau à la bouche - d’ailleurs tu es mort(e) de faim, tu la dévores des yeux, elle va bientôt passer à la casserole… Le langage amoureux flirte souvent avec le cannibalisme. Le sexe, mais aussi le sentiment.

Non par nécessité alimentaire, l’ingestion réelle ou symbolique de l’autre manifeste son amour, son respect et sa vénération pour cet autre. (wikipedia)

C’est la signification de l’eucharistie catholique, où chaque dimanche, on commémore et répète le sacrifice de Jésus (marrant, ça, un dieu qui s’offre en sacrifice ; ça économise des veaux de lait et des vierges éviscérées) selon le rite qu’il a lui-même instauré :

Pendant le repas, Jésus prit du pain et, après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit ; puis, le donnant aux disciples, il dit : «Prenez, mangez, ceci est mon corps”.

(Mt 26-26)

Lors de la consécration, du pain (la plupart du temps sous forme d’hostie) devient le corps du Christ et est distribué aux fidèles ; pour les catholiques cette transformation est bien réelle (c’est la transsubstantiation) et c’est  le Christ lui-même que l’on mange. Pour de vrai. Ainsi, ils s’unissent à lui en même temps que les uns aux autres : c’est pourquoi on parle de communion. Manger son dieu est une manière de se rappeler son sacrifice et de demeurer toujours près de lui. Je suis tombée un jour sur un recueil de prière du XIXème siècle qui comportait une oraison pour le moment où, suite à la communion, le corps du Christ va quitter le corps du fidèle (pour parler crûment : le caca du dimanche soir) ; c’est dire si la croyance dépasse largement le stade du symbole - quoique ce genre de considération cucul (si je puis me permettre) soit heureusement passé de mode chez les catholiques actuels, du moins ceux que j’ai moi-même fréquentés.

Se faire manger par amour et pour demeurer toujours auprès de ses amis : l’idée a séduit la très athée Juliette Noureddine et elle nous l’accommode sous forme d’une chanson merveilleusement écrite - comme toujours :

Le festin de Juliette (cliquer pour écouter)

Moins cinglée que Meiwes et plus gourmande que Jésus, Juliette invente le cannibalisme haut de gamme. Bon, personnellement je préfère deux bonnes boules… banane-chocolat.

Article de Wikipedia sur l’anthropophagie

Un article ardu de la revue Polis sur le même thème

Article de Wikipedia sur la communion

Plus costaud, le catéchisme de l’Église catholique

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07 2010

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  1. Mumoldue #
    1

    M’enfin, ça fait 12 jours que j’attends les commentaires. Qu’est-ce qu’ils ont tous à ne rien dire? Moi j’aime ce blog COMMENTE et c’est pas parce que je n’écris rien que les autres doivent se taire.
    Y faut dire que les aspects théologicoentortillés ont dû en rendre quelques uns perplexes et que du coup ils n’ont pas osé prendre le risque de se faire épingler par le Saint Office comme blasphémateurs hérétiques….



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