Archive for janvier, 2010

C’est mon avis et je le partage

J’ai été élevée par une famille plus ou moins catholique. Sans détailler le parcours spirituel des mes parents, on peut dire qu’on a eu a cœur de me transmettre une foi, des valeurs, une culture, sans tomber dans le batracisme de bénitier. Mon pedigree est complet : baptême, première communion, profession de foi, confirmation - et mariage. J’aimais bien le caté (sauf que j’étais jamais dans le même groupe que mon amoureux) et j’ai été l’un des piliers de l’aumônerie du lycée. Cette dernière mériterait un billet à elle toute seule, je ne peux pas décrire en deux lignes ce que représentait pour moi ce groupe où je me sentais protégée de toutes les pressions extérieures, où je pouvais me montrer telle que j’étais, où j’ai respiré librement de 14 à 18 ans. Bon, il faut dire que c’est là que j’ai rencontré Doudou - ce qui dévoile l’une des motivations, et non la moindre, que nous avions pour nous y rendre…

Je connais plein de cathos. Des cathos coincés, des cathos décomplexés, des cathos chiants, des cathos qui font la poule folle, des cathos qui ne croient plus en Dieu dès qu’ils ont un malheur, des cathos qui ne peuvent pas s’empêcher de dire des choses comme “en union de prière”, des cathos qui lisent Famille Chrétienne, des cathos qui détestent Famille Chrétienne, des cathos qui croient aux apparitions, des cathos qui gardent de l’eau de Lourdes dans une bouteille en plastique en forme de vierge, des cathos qui trouvent ridicule de garder de l’eau de Lourdes dans une bouteille en plastique en forme de vierge, des cathos qui attendent le mariage, des cathos qui n’attendent pas, des cathos qui deviennent agnostiques, des athées devenus cathos, des cathos traumatisés par le catéchisme des années 50, des cathos qui font semblant de dormir le dimanche matin pour ne pas aller à la messe, des cathos qui idolâtrent le Pape, des cathos qui s’arrachent les cheveux à chaque fois que le Pape en remet une couche.

La religion, c’est comme le sexe : tout existe. La variété est la même : tant dans la fréquence, les positions, le matériel, que dans le degré d’obsession, la sincérité et le fait de prendre les choses très au sérieux ou de les dédramatiser. Comme j’ai admis que certaines personnes peuvent bander avec du mohair, je ne tique pas devant un chapelet. Quand nous avons fait escale à Heathrow en mars dernier, la première chose que j’ai vu en descendant de l’avion, c’était un type de la sécurité, en uniforme, avec un énorme turban rose. J’ai trouvé que ce n’était en rien choquant. Quand je fais mes courses, je vois un paquet de femmes voilées, et ça ne me fait pas friser les cheveux sur la tête. Quand Lily me raconte qu’en Angleterre, on joue la nativité dans les écoles publiques à Noël, je ne m’insurge pas. Je me crois plutôt tolérante envers ce qui concerne la religion.

- ce qui me fait peine, par contre, c’est de refuser à grand cri un steack parce que c’est vendredi, mais de choisir des crevettes et du saumon à la place : on affecte d’être très religieux, mais c’est du flan -

J’ai dit que j’admettais, c’est à dire que rien ne m’étonne et que les gens croient bien en ce qu’ils veulent ; par contre je ne comprends pas les gens qui ramènent tout à la religion. On l’a vu, des croyants j’en connais beaucoup, mais dans mon entourage proche, la plupart sont ouverts sur le monde. Ils écoutent toutes sortes de musique, voient toutes sortes de films, rencontrent toutes sortes de gens. Mais une autre espèce pense catho, lit catho, n’écoute que de la musique catho et ne va voir que des films en rapport avec la foi. Un nouveau chanteur chrétien ? Qu’importe que sa musique soit de la soupe rallongée d’eau bénite, si c’est catho, c’est bon. Tu n’as pas lu la dernière bio de Marthe Robin ? Rhoooooo mais je vais te la prêter. Je vais à des conférences sur le thème de la rédemption à travers les âges de la Bible, c’est passionnant, tu devrais venir !

Déjà, je me demande comment leur cerveau n’explose pas, à ne se nourrir que de choses édifiantes (j’ai la même question avec les intellectuels qui considèrent les films d’animations et la bande dessinée comme une perte de temps) . Ensuite, cette tendance à tout accommoder à la même sauce ne m’apparaît pas comme une manifestation de piété - ils ne sont pas meilleurs croyants que les autres - mais tout simplement comme une bête monomanie. Monomanie aux conséquences parfois risibles : vous avez déjà écouté du rock chrétien ? Moi, oui. Pendant 4 minutes. Et puis, il y a plein de gens à rencontrer qui ne partagent pas les mêmes centres d’intérêt et à se cantonner ainsi dans les bondieuseries, on rate beaucoup de choses. Moi, qui suis une personne merveilleuse, et tolérante comme j’essaye désespérément de le faire remarquer, je m’ennuie sévèrement face à quelqu’un qui ne me parle que de Medjugorje. Ou du festival de Chartres. Ou de ses séances d’adoration. Et donc, je ne vais pas lui parler ce qui me passionne : moi, mes nouvelles, mon blog, et mon dernier article dans lequel je compare audacieusement sexe et religion. Et il aura perdu quelque chose, vous pouvez imaginer !

Et puis, il y a les extrémistes. Je suis tombée l’autre jour sur un blog incroyable, qui se veut apparemment d’inspiration catholique, mais foi de première communiante, de ma vie je n’ai jamais lu des choses pareilles, même chez les tradis que j’ai déjà rencontrés en vrai ou sur la toile. Déjà, la lecture du blog est “strictement réservée aux Hommes (aux Mâles)”. Tout le reste n’est que tas de merde. Je cite : “Et ainsi en va-t-il dans toute la création, le Mâle domine la femelle qui a été tirée de Lui, à cause de Lui, pour Lui, ce qui nous fait voir le Lion rugissant, et la lionne craintive et tapie devant son Mâle, soumise”. Je passe sur le reste, placé “sous la protection de la Sainte Famille” - qui n’en demandait pas tant - et agrémenté de citations de Saint Macho et Saint Phallocrate, ça ne mérite même pas qu’en on parle - difficile à lire sans penser à un fake, d’ailleurs, mais en fait, je crois bien que non. Enfin, disons que le con qui délègue est dans les choux. Mais j’ai retenu cette phrase sur le lion parce que j’ai souvent entendu cet argument de “loi naturelle”, et pas que dans les milieux intégristes, malheureusement. Filons la métaphore. Si j’en crois Wikipedia, les jeunes lions éliminent les vieux lions pour prendre leur place à la tête du groupe, avant de massacrer les petits pour que les femelles soient fécondables plus vite afin de propager leurs gènes le plus tôt possible. Ça a l’air bien, non ? On fonde une religion ?

Dans le même registre des gens qui exagèrent avec la religion, j’ai bien aimé jeune fille au niqab chez Ardisson, qui n’est pas d’accord avec l’idée que les lois de la République passent avant les lois de la religion. Alors si ma religion m’impose d’immoler des chatons dans des parkings, il faut que la loi m’y autorise ? La fille, elle dit “il y a des règles, on les suit, on ne se pose même pas de question”. J’entends ça aussi chez certains cathos : si tu ne considère pas les préceptes du Vatican comme parole d’évangile, tu “fabriques ta propre religion”. Pourtant que ce soit chez les musulmans ou chez les cathos, l’essentiel de ces règles découle de l’interprétation des textes fondateurs par des théologiens, qui sont des êtres humains - souvent des êtres humains âgés et de sexe masculin, et pour les chrétiens, célibataires - et par conséquent sujets à l’erreur. Que je sache, Jésus ne s’est jamais exprimé sur la FIV ou l’homosexualité. Je n’ai pas lu le Coran (pas davantage que la Bible dans son intégralité), mais si tous les imams ne sont pas d’accord sur la nécessité pour une femme de se cacher le visage, c’est que ce n’est pas évident dans les textes. Là où il existe objectivement un flou total, certains se cristallisent sur des certitudes. Et accessoirement, se coupent - une fois de plus - du monde qui les entoure.

Tout ça pour dire que non, une musulmane voilée ne me gêne pas, même à la fac, même dans une administration. Pas plus que le voile des bonnes sœurs. Les sikhs, avec leur turban, ont la classe - mais on n’en voit pas par ici. Par contre, l’idée de se masquer le visage me déplaît. Je le ressens comme une mise à distance. Regardez la diva du Cinquième élément : quand on la voit débarquer avec sa burqa, on se sent dans ses petits souliers. On trouve même qu’elle se la pète un poil. Il me semble que le bénéfice (vivre sa religion selon des critères bien spéciaux) est largement inférieur au risque (être inaccessible à son prochain). La fille chez Ardisson affecte de prendre comme un préjugé le fait qu’on l’appelle “madame”, mais sous son niqab, comment peut-on savoir quel âge elle a ? (Sans compter que nous français sommes peut-être les seuls à faire encore la distinction entre Madame et Mademoiselle, distinction qui désole mes amies américaines). Et je repense accessoirement à la fois où je me suis fait cogner par deux minettes qui m’ont volé le fruit de mon shopping. Comment aurais-je pu les désigner à la maréchaussée si elles avaient porté une cagoule ou un voile leur couvrant le visage ? - Ok, je ne serais pas allée parler benoîtement à des gonzesses portant des passe-montagnes en plein mois de juin. La République ne peut pas dicter aux gens leur façon de s’habiller ? Mais il est bien interdit de se promener tout nu sur la voie publique, ou bien je fais erreur et je vais de ce pas jouer les Lady Godiva ?

Je ne connais rien au droit. Peut-être qu’une loi n’est pas nécessaire, peut-être qu’il y a d’autres moyens, mais je ne serais pas choquée que l’on cherche à souffler niqab et burqas - et passe-montagnes - loin de l’espace public. Ensuite, je m’interroge sur la survenue de ce débat là maintenant, tout de suite. J’habite dans une ville convenablement bariolée et je vois chaque jour, je l’ai dit, des dizaines de femmes voilées ; mais je n’ai jamais croisé un seul niqab. Est-ce bien vraiment une urgence ? Qui a soulevé le voile (hahaha) sur la question ? Là où je m’attache à un problème de communication entre les personnes (voir l’expression de son interlocuteur), on parle de laïcité et de condition de la femme. Suis-je naïve ? Suis-je trop pragmatique ? Ai-je tort ou raison d’occulter des enjeux plus profonds que la simple courtoisie entre les citoyens d’un même pays ?

Et surtout : comment diable peut-on faire une bulle de Malabar avec la bouche couverte ???

26

01 2010

Je ne suis pas mon Twitter, je ne suis pas ma Twingo

C’est marrant, on a beaucoup parlé de Copenhague, et puis une fois Copenhague terminé dans la chienlit, pouf, plus rien. Effectivement, c’était creux, c’était du baratin, ça n’a servi à rien. Je ne suis pas étonnée du tout mais je déplore de sentir autour de moi émerger l’idée comme quoi l’écologie, c’est creux, c’est du baratin et ça ne sert à rien. Comme si c’était une option, un truc auquel on a le droit de ne pas s’intéresser, un gadget qui fait chouette mais dont on se lasse, et dont l’échec de Copenhague aurait démontré la vacuité. J’enrage de trouver sur le net des mecs qui brandissent le climagate pour conclure que ça ne sert à rien de faire des efforts. Je fulmine après les cons qui poussent la mauvaise foi jusqu’à feindre de croire que parce qu’il neige en décembre, le réchauffement c’est de la foutaise.

Entendons nous bien. Je ne sais pas si la planète chauffe pour de vrai. Je ne sais pas, le cas échéant, si c’est de notre faute. Mais ce que j’entends, dans ces opinions contestataires, ce ne sont pas des raisonnements portés par l’amour de la vérité scientifique. Ce que j’entends, ce sont des arguments tordus qui débouchent toujours sur la conclusion que surtout, il ne faut rien changer à notre mode de vie. Pourquoi pas ? Moi, à la limite, que les calottes glaciaires fondent, que les eaux montent, je m’en fous : j’habite dans les Alpes, je trouverai toujours un bout d’alpage pour me mettre au sec. Que les ours polaires disparaissent ! Je n’en ai jamais vu que deux, au zoo de la Palmyre, dont l’un est sérieusement siphonné. Ça ne va pas changer ma vie ni empêcher les temps géologiques de continuer de s’écouler. Il y a déjà eu des disparitions massives d’espèces par le passé, et sans cela nous ne serions pas là pour le déplorer. Balançons de la merde dans l’atmosphère et dans l’eau potable, la vie s’adaptera et prolifèrera sous des formes encore inconnues. Nous ne détruirons pas la planète.

En revanche, j’ai parfaitement conscience que mon mode de vie est celui d’une grosse, grosse privilégiée. Je fais partie des 20% de glands qui bouffent 80% des ressources. J’ai une voiture, un téléphone portable, j’ai déjà pris l’avion - une quinzaine de fois. J’accumule quantité d’objets inutiles qui contiennent toutes sortes de métaux disponibles en quantité limitée, et qui consomment de l’électricité : deux pc, un téléviseur, un lecteur dvd, une wii, une DS, un caméscope… Je mange des choses qui viennent du bout du monde, parfois cultivées par des gens qui, pendant ce temps, ne font pas pousser de quoi manger pour eux : des bananes, du chocolat, du sucre… Non seulement je ne manque de rien, mais j’ai tout en excès : des meubles, des fringues - je pourrais dire de la bouffe si je n’avais pas malgré tout un IMC minable. Je suis conditionnée pour avoir besoin de trucs inutiles. Comme absolument toutes les personnes que je connais.

Surprise : toute la planète ne peut pas adopter notre mode de vie, y’a pas la place, y’a pas assez. Pas assez de terres cultivables pour faire grossir les hamburgers - et encore moins pour faire rouler des voitures aux agrocarburants pour tout le monde. Pas assez d’eau pour fabriquer des Pampers pour des milliards de petits culs. Pas assez d’oxyde d’indium pour fournir des écrans LCD à toute la planète. Alors pour ne pas avoir à changer, nous préférons clore le débat en disant “de toute façon, le problème c’est la démographie, on est trop sur Terre*”. Comme ça, soit on fait semblant de croire qu’un jour, quand tous ces sauvages de sous-développés auront adopté la contraception, on sera beaucoup moins et alors tout le monde vivra comme nous, en gaspillant, ce qui nous épargne confortablement le changement ; soit on peut s’indigner, accuser les écolos de malthusianisme - et ça peut aller très loin, loi du plus fort, totalitarisme et compagnie - et grâce à ce repoussoir, on se dispense toute remise en question. J’oublie aussi le classique “à quoi ça sert que je fasse des efforts, l’industrie/l’agriculture/ma cousine pollue bien plus que moi”. C’est pas moi, c’est ma sœur !

Au début, j’ai cultivé ma sensibilité - et ma culpabilité - écologique dans l’optique naïve de préserver les petits oiseaux. Et puis, à force d’avoir de mauvaises lectures, je me suis petit à petit rendu compte que l’enjeu est tout à fait ailleurs. Qu’être écologiste, vraiment écologiste, ce n’est pas une question d’ampoule à économie d’énergie ou de fermer le robinet pendant qu’on se lave les dents. Que la nature, c’est important, mais bien moins que les humains, qui sont les seuls à ne pas être sûrs de s’en sortir dans l’histoire. Que le seul but du truc, c’est de virer le gaspillage de nos vies, et que la motivation, ce ne sont pas les ours polaires, mais le respect de l’autre et le partage. Que pour ne pas partager, nous sommes près à tout croire, à tout déformer, à tout nier. Rien ne sert d’attendre une loi sur le carbone ou je ne sais quel miracle venu d’en haut. Ça ne dépend que de nous-même.

Il ne faut pas acheter de voiture verte : il faut se passer de la voiture, zapper la pub, refuser la société de consommation ; et ce n’est pas pour sauver les papillons, c’est pour faire justice à tous les Hommes, et à soi-même. Car - et je cite bêtement un film - nous ne sommes pas notre iphone, nous ne sommes pas notre Nespresso, nous ne sommes pas notre futon Ikea. Je fais l’expérience de me passer totalement de télé depuis deux ans. Quand je suis à l’hôpital ou chez des amis, et que je vois une page de pub, mes yeux sont neufs. Je vois à quel point on nous prend pour des cons. Essayez de regarder une pub comme si vous n’en aviez jamais vu, vous allez comprendre. Je suis sevrée et vraiment heureuse de l’être.

Je suis aussi sevrée de la voiture. Chaque fois que je la prends, je ressens l’absurdité de me promener dans une boîte en métal, au milieu d’autres boîtes en métal, dans un monde ou tout a été repensé pour les boîtes en métal. Je ne la considère plus comme Margot-la-Twingo-mon-bébé-à-moi. C’est une chose qui reste une chose et qui n’apporte pas l’épanouissement**. Mais mes progrès s’arrêtent là. Je n’arrive pas à me débarrasser de mon portable. Je n’achète presque rien d’occasion comme j’y aspire pourtant. Je ne peux pas m’empêcher de rêver que je retourne à San Francisco. J’use et abuse d’internet qui consomme d’énormes ressources pour faire tourner ses serveurs. Je suis encore une privilégiée dans ma tête. Quand on a grandi en étant le chouchou de la famille, c’est dur d’admettre qu’on ne vaut pas mieux que les autres.

* sur ce sujet, lire le passionnant cahier de l’IEESDS de juillet-août 2009, beaucoup plus intelligent et convaincant que moi
** private joke

06

01 2010
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